Nasrin
Cuisine iranienne
New York

PROJET  •  Souhaite ouvrir son propre salon de thé de spécialités iraniennes à New York

SPÉCIALITÉ  •  Fesenjoon, un ragoût traditionnel

REFUGEE FOOD FESTIVAL 2018  • Taim Nolita & Coq Rico aux côtés du chef Antoine Westermann (New-York, USA)

Portrait

J’ai rencontré Nasrin à Taim, une chaîne de Falafel à New York, où elle cuisinait dans le cadre de la première participation au Refugee Food Festival – New York. En la voyant, je trouve Nasrin un peu anxieuse. Je me dis que c’est compréhensible, étant donné l’attention qu’attire le festival. Puis Nasrin m’explique qu’elle cuisine des falafels. Bien qu’elle n’en soit pas à son coup d’essai, c’est bien la première fois qu’elle les vend ! Je comprend d’autant mieux son appréhension.

LES ORIGINES

Nasrin est nouvelle à New York. Originaire d’Iran, elle est arrivée il y a seulement deux ans, après avoir passé deux ans en Turquie. À son arrivée, elle parlait à peine l’anglais, mais la cuisine a toujours été sa façon de s’exprimer. Nasrin me dit qu’elle a appris à cuisiner avec sa mère et sa grand-mère. « La cuisine est un moyen de rapprocher les gens. Tout le monde aime manger », dit-elle avec un regard nostalgique. Je comprends immédiatement ce qu’elle veut dire, et je vois que, dans son esprit, Nasrin est de retour dans la cuisine de son enfance avec sa famille bien-aimée.

SA CUISINE

Nasrin me raconte qu’elle a cuisiné toute sa vie. Pour les amis, la famille, à la maison et en exil, pour elle, cuisiner est synonyme de partage – de communauté. Elle me dit que « cuisiner c’est aimer », et que l’amour transcende aujourd’hui sa nouvelle vie dans le Queens, où elle est souvent aux fourneaux pour son propriétaire et ses voisins. Elle m’explique que cuisiner pour les autres fait partie de sa culture : « Je ne peux pas cuisiner pour quelques personnes. Pas seulement pour nous, mais pour les amis, pour les voisins. »
Le Fesenjoon, un ragoût iranien classique, est son plat préféré. Elle m’apprend qu’elle utilise toujours la recette de sa grand-mère, la « meilleure des chefs », qui lui a tout appris et lui préparait du Fesenjoon à chaque anniversaire. Nasrin y apporte cependant sa petite touche personnelle : elle est traditionnellement faite avec des noix, mais Nasrin a eu l’idée de les remplacer par des noix de cajou, et me dit que ses clients ne tarissent pas d’éloges sur la crémosité de sa recette. Pendant le festival, elle cuisine aussi chez Le Coq Rico – New York, un restaurant français haut de gamme, au menu duquel on trouvera exceptionnellement son Fesenjoon. Avant cela, elle propose un falafel d’inspiration iranienne chez Taim. Sa version est plus épicée, avec un supplément de graines de coriandre pour apporter un zest de fraîcheur en plus. Je peux en témoigner : son falafel d’inspiration iranienne est une réussite !

AUJOURD’HUI

Nasrin dit qu’elle est très reconnaissante de pouvoir gagner sa vie en cuisinant. Elle rêve d’ouvrir un restaurant iranien dans sa nouvelle ville, mais elle en imagine un qui donne une autre vision de l’Iran. Elle veut partager l’Iran qu’on ne connait pas : au lieu des kebabs et des riz habituels, elle a à l’esprit un endroit où les gens peuvent se rencontrer autour de boissons, de desserts et de quelques friandises spéciales, pour la plupart inconnues des Américains. Cela traduit par ailleurs sa vision des réfugiés. Nasrin veut que les gens sachent que « Les réfugiés sont des gens normaux ». « Je veux que tout le monde voie que les réfugiés sont des gens bien, qui font de leur mieux pour l’Amérique. ». Nous le voyons, et nous ne pouvons qu’être d’accord !