Diaa Alhanoun
Cuisine syrienne
New York

ACTUELLEMENT  •  Cuisinier chez Eat Offbeat (New York, USA) et ouvre son propre restaurant à New York

SPÉCIALITÉ  •  Yalangis, feuilles de vignes farcies

REFUGEE FOOD FESTIVAL 2018  •  Porsena (New York, USA)

Portrait

Après que je me sois présentée comme la bénévole du Refugee Food Festival, Diaa me sourit et dit : « Tu es la bienvenue ». Je lui demande s’il a un moment pour parler. Il sort alors alors de son poste de travail, et je tends ma main pour serrer la sienne. Diaa retire timidement sa main en arrière, car il était en train de préparer de son menu et ne veut pas me salir les mains. Il tend alors son coude et nous remplaçons une poignée de main par une poignée de coudes, ce qui nous fait rire tous les deux.
Nous trouvons une place sur un banc près de la fenêtre de Porsena, le restaurant italien situé près de Cooper Square, dans lequel Diaa cuisine pour le festival. Il est souriant mais nerveux à cause de son anglais hésitant. Je lui dis de ne pas s’inquiéter, il communique tout avec ses yeux. Ils ont un véritable éclat, un enthousiasme juvénile.

LES ORIGINES

Je demande d’où il vient : “Damas.”. Je lui demande si c’est là qu’il a commencé à cuisiner et il acquiesce. C’est là qu’il a trouvé son premier emploi, dans un restaurant, à l’âge de quinze ans. Je lui raconte que mon premier emploi était aussi dans un restaurant quand j’avais quinze ans, mais à la plonge, donc pas aussi sympa qu’en cuisine. Je lui demande alors pourquoi il a choisi la cuisine, et pourquoi avoir commencé si jeune. « J’aime la cuisine. J’aime ce métier, tu sais, c’est faire quelque chose de bon pour quelqu’un. C’est essayer de déterminer comment obtenir la meilleure saveur, puis la partager. Je donne de ma cuisine à quelqu’un, ce que j’ai fait, et ils sont heureux. Cela les rend heureux. ». Quand il parle de cuisine, ses yeux pétillent. Il décrit ainsi sa cuisine sans vanité aucune, sans fierté. C’est un cadeau qu’il fait et il est évident qu’il adore le faire.

SA CUISINE

Je lui demande où il aime manger en ville et il m’explique qu’il mange surtout la nourriture qu’il prépare, mais qu’il aime aussi aller au café en terrasse de son quartier. Nous faisons défiler les photos sur son téléphone afin qu’il puisse me montrer des images des beaux plats qu’il était en train de préparer pour le festival qui aura lieu le lendemain. L’un des plats prévus au menu est mon préféré : le yalanji. Ce sont des feuilles de vigne farcies de riz et de légumes. Il me montre aussi des photos de sa belle famille. Avec le plus grand sourire qu’il ait eu depuis que nous nous sommes assis, il me montre une photo de son fils aux cheveux noirs et bouclés et de sa plus jeune fille.
Après m’avoir montré des photos des mets qu’il maîtrise à la perfection, je lui demande si je peux goûter l’un des plats qu’il était en train de préparer. Malheureusement, aucun des plats n’est prêt à être consommé pour le moment, et il me demande alors si je veux l’aider à faire des yalanji. L’offre me touche, mais comme je dois partir dans quelques minutes, je dois décliner. Nous terminons l’entretien et, avant de partir, je le suis à son plan de travail pour prendre quelques photos de lui dans son élément. Je le regarde placer la farce sur les feuilles, les rouler, les placer une à une, les empiler dans une casserole et les laisser bouillir. Tout est si rapide.
Je lui dis alors au revoir. Il s’excuse encore une fois de ne pas bien parler anglais et moi, je m’excuse d’être l’une de ces américaines qui ne connaissent que l’anglais. « Je parle russe aussi. » dit-il. Je lui demande pourquoi, et il m’explique qu’à 23 ans, il vivait dans une ville juste en dehors de Moscou. Il y avait ouvert un restaurant de spécialisés syriennes et italiennes. Il y servait du shawarma, des pétoncles poêlés, du caviar d’aubergine, des pâtes, des falafels et du poisson.

Il est temps pour moi de partir et je promets de venir chez Ruzana. Diaa sourit et me dit : « Tu es la bienvenue ». Je suis très heureuse d’avoir eu l’occasion de rencontrer Diaa et d’apprendre de quelques conseils d’un chef expérimenté. Une fois de plus, je souhaite lui serrer la main et il la retire car elle est à nouveau pleine de yalangi. Je pars alors pour une nouvelle poignée de coude et une accolade. Nous ne pouvons pas nous empêcher de rire une fois de plus. Après nos adieux, il sourit et retourne à sa cuisine.

AUJOURD’HUI

Diaa est l’un des chefs de Eat Offbeat, qui organise de nombreux événements traiteur. Il travaille en parallèle son anglais, bien que ses yeux communiquent toujours tout ce qu’il veut exprimer, presque aussi bien que sa cuisine !